Le Château d'Ilbarritz
| Type | Vue aérienne | Pays | Date | Etat | Intérêt | |
Bâtiment privé | Ici ! | ![]() France | 2006-08-19 | Reconverti | ***** |
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Le Château d'Ilbarritz
Depuis que Napoléon III et Eugénie l’ont choisie, Biarritz jouit d’une réputation balnéaire d’envergure internationale. L’ancienne cité de pêcheurs s’est transformée en agglomération moderne et luxueuse. Les plus grandes familles y ont érigé leurs palais, l’éclectisme est triomphant et si les caprices d’architectures ne surprennent plus vraiment personne, la demeure qui s’élève sur les falaises en regardant l’Espagne intrigue pourtant plus que toute autre… Les ouvriers ont reçu l’ordre de se taire et l’architecte Gustave Huguenin travaille dans la plus grande confidentialité.
Que se passe-t-il du côté de la colline de Handia? Le propriétaire qu’on dit « original » a fait clôturer les 60 hectares du domaine par deux rangées de grillage métallique galvanisé. L’homme serait étrange et autoritaire... Il ne souhaite pas être dérangé, encore moins recevoir. Lui-même d’ailleurs ne court pas les salons et ne se soumet pas aux devoirs mondains que son rang et sa fortune exigeraient. S’il s’est offert un monde, c’est pour en jouir seul et librement. Mais qui est-il?
Le Château du Baron de l'Espée
Grand misanthrope et immensément riche, il développa une passion inconsidérée pour l'orgue qui le poussa à se retrancher dans la solitude de ses nombreuses propriétés dispersées à travers la France.
Lorsqu'il rencontre l'actrice de comédie Biana Duhamel, âgée de vingt ans de moins que lui, il est subjugué. Elle est très certainement séduite par la personnalité excentrique du baron et son aisance financière... Il semble que le baron cédait à tous les caprices de la jeune femme, à condition qu'elle soit constamment à sa disposition... C'est dans la conception même du domaine d'Ilbarritz que leur relation se comprend.
Le baron de l'Espée est un homme rêveur et concepteur. Il désire vivre sa romance dans un domaine qu'il souhaite impénétrable! En plus du château, Albert de l'Espée fait édifier la villa des Sables pour Biana Duhamel. Villa haut de gamme qui abritera sa belle et... sa mère.
Cette belle propriété, close de murs est reliée au château par un chemin couvert qui permet à Biana de se faire conduire où bon lui semble sur la propriété du baron.
La Folie Des Grandeurs
Sur la plage tout d’abord, on trouvait du Sud vers le Nord, mis à part le bâtiment des cuisines et l’usine hydro-électrique, la cabine des bains, les établissements marins (piscines chauffées et bain turc) et le château médiéval (sorte de castel néogothique).
A l’Est du château d’Ilbarritz, c’était une extraordinaire salle à manger panoramique dressée sur des piliers et dont l’architecture initiale devait rappeler celle d’un mausolée. Sous le château, une grotte artificielle traitée dans le plus bel appareil donnait accès à une source et devait permettre aux amants de se réfugier pour se désaltérer…
Plus loin et regardant l’Espagne, c’était un pont dont les pieds formaient des pavillons qui semblait s’élancer sur le vide.
Tous ces endroits étaient autant de lieux hétéroclites qui permettaient au couple de vivre chaque jour une aventure différente. Au regard des autres propriétés construites par Albert de l’Espée, aucune ne présente une telle recherche de confort et de fantaisie. Ilbarritz était conçu comme un gigantesque théâtre, très certainement dans le but de satisfaire la belle !
Il semble cependant que ce soit le baron qui imposait à sa maîtresse de rester dans l’enceinte de la propriété… Dès janvier 1898, elle tenta à plusieurs reprises de « s’évader » à Biarritz pour jouir des soirées mondaines… Albert de l’Espée, fou de rage fit installer un projecteur géant du haut du Belvédère du château pour faire surveiller la villa des Sables ! Ce projecteur aveuglant sera à l’origine de l’accident de voiture de la reine de Serbie… Le baron emprisonna sa muse, elle le quitta définitivement en février.
Le Château Aux Orgues
Mais le mystère ne s’arrête pas seulement au silence qui entoure la demeure… Certains soirs, un grondement sourd des entrailles du manoir… C’est un orgue extraordinaire, le plus gigantesque instrument jamais construit par Cavaillé-Coll pour un particulier qui vibre au rythme de Wagner et semble diriger la houle atlantique!
Le château a été bâti autour de cette pièce maîtresse et pour son accoustique. L'instrument était alors l'un des fleurons de Cavaillé-Coll, puisque doté des meilleures technologies de l'époque: 4 claviers manuels et pédalier, 78 jeux, traction mécanique des claviers et des jeux. Le grand orgue est démonté en 1903 et rendu à Cavaillé-Coll. En 1919, il est transféré et remonté à la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre.
Il sera remplacé en 1906 par un second orgue légèrement plus petit, mais plus perfectionné (facteur Mutin) qu’on peut voir actuellement en l’église d’Uzurbil, près de Saint-Sébastien en Espagne.
Vendu en 1911 par son commanditaire, le bâtiment est transformé en hôpital en 1917, et demeure fermé à partir de 1923. En 1939, le bâtiment est confié sur réquisition préfectorale des Basses-Pyrénées pour servir de lieu de convalescence aux réfugiés de la Guerre d’Espagne… En 1940, c’est pour servir de villégiature aux divisions d’Infanterie SS qui se battent sur les fronts de l’Est (notamment la « Das Reich ») et pour assurer une vigie stratégique que l’occupant utilise l’édifice…
Tandis que de Biarritz à Hendaye les falaises sont creusées selon les plans de fortifications de l’Organisation Todt, les sous-sols du château des Orgues sont si immenses, bétonnés et ferrés qu’ils ne nécessitent aucun aménagement ! En 45, les témoignages FFI qui stationnent au château font état d’un excellent entretient du bâtiment. Tous les marbres et les boiseries sont encore en place, les carrelages qui couvrent les 1200 m² de terrasses superposées face à l’Océan et aux Pyrénées aussi.
La Fin de l'Histoire?
Pourtant, après les tumultes de la seconde Guerre Mondiale, ouvert à tous vents depuis la débâcle, utilisé comme annexe de ferme, les pillages font rage.
En 10 ans, le château est dépecé : cheminées, marbres rares qui couvraient sur 7m de hauteur les salons du 1er et la salle d’orgue jusqu’à sa galerie intérieure, boiseries finement ciselées, bronzes dorés des huisseries, tout y passe, jusqu’aux carrelages des terrasses dont il ne reste que quelques pavements…
En 1958, une tentative de restauration est entreprise et mène le propriétaire à la ruine en 1986 où le château, à nouveau fermé attire de nouveau squatters et pilleurs…
En 2002, l’édifice est repris en main dans le cadre d’un projet privé de restauration exemplaire mais délicate: les structures métalliques, très endommagées demandent des techniques élaborées qui freinent la réalisation du projet et la conception même du bâtiment (prévu pour un couple et un orgue gigantesque!) rend difficile l’exploitation de l’édifice…
En 2008, habité à l’année et gardé, il semble que malgré ses allures de vaisseau fantôme, ce fantastique édifice brille de nouveau sur la Côte Basque !
Pour plus d'informations sur le sujet:
- "Albert de l'Espée" de C. Luraschi aux éditions Atlantica,
- et à paraître prochainement: "Le Château d'Ilbarritz ou l'architecture du progrès" de Jean-Loup Ménochet.

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